Figures de la mort

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Vanité en acacia sculpté en ronde-bosse,
la machoire articulée. XVIIe siècle ?
SVV Prunier Vente à venir, Printemps 2020.

 

 

 

De vermine et de mouches
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DANSE MACABRE. – La Grande Danse macabre des hommes et des femmes. Précédée du Dict des trois mors et des trois vifz, du débat du corps et de l’ame, et de la complaincte de l’ame damnée. Paris, Baillieu, s.d. [vers 1850].Détail.  SVV Prunier, vente 20 mai 2018.

Lorsque l’on pense à la représentation de la mort, l’image qui nous apparait est celle d’un crâne. Ainsi, on se figure instinctivement cet élément capital de la physionomie du squelette humain, comme une cavité osseuse dépouillée, polie, comme si toute trace de vie avait été soigneusement soustraite à notre regard. Mais cette représentation adoucie, esthétisée de la mort qui écarte l’aspect organique du corps « sans vie » n’a pas toujours été la norme. En effet, entre les XIIIe et XVIe, les représentations 187_1graphiques ou littéraires de la mort sont au contraire empruntes d’un réalisme cru qui s’attache à montrer  la mort non pas comme un résultat, mais bien comme un processus avec tous les effets qu’il comporte sur l’enveloppe charnelle : putréfaction des chairs, décomposition, vermines… C’est à l’époque médiévale que l’art macabre se développe à travers des descriptions de l’état lamentable du corps « sans vie », illustrant et alimentant les réflexions sur la caducité du corps.

 


Vanité en bois sculpté. Sur le

haut du crane une pique en fer,
Italie XVIIe, XVIIIe. SVV Prunier,
vente 25 octobre 2015.

Par exemple, le thème de La rencontre des Trois vifs représente des corps hideux, corrompus, putréfiés qui font écho au traité De contemptus mundi, du futur Innocent III (1160-1216): «  Vivant, l’homme engendrait les poux et les vers ; mort, il engendrera la vermine et les mouches ». De même, l’art des transis est une des représentations les plus évocatrices de la mort. Ces tombeaux comme ceux de François de La Sarra (vers 1370) ou de Guillaume

La morte secca

C’est au cours des XVIIe et XVIIIe siècles que l’image d’une mort organique laisse place à celle du corps sans vie totalement décharné : c’est la « morte secca ». Le transi s’incline devant la représentation statique du squelette, résultat ultime du processus de décomposition enclenché plus tôt. Avec la dessiccation vient la fragmentation. Privé de sa chair, le squelette se démembre. L’âge classique isole le crâne du reste du corps et l’intègre dans un genre pictural nouveau. Les natures mortes se développent dans les pays du nord, en Hollande particulièrement, puis en France, en Espagne et en Italie. Le crâne isolé est au centre d’un sous type du genre aujourd’hui très recherché : la vanité. Il est le symbole ultime de la mort, sans lui pas de vanité. Il apporte une dimension macabre et métaphysique à l’œuvre dans laquelle il figure, la distinguant ainsi des représentations réalistes comme les natures mortes aux fleurs. Les vanités représentent des biens sans valeur et offrent à celui qui les possède l’étrange spectacle du néant. 150_1
Ce type de représentations étant très apprécié, nombreux sont les ateliers qui s’adonnent à cet art. Le sujet se banalise : intégrant le décor des foyers, il ne se limite désormais plus à la stricte sphère religieuse. Au cours du XVIIe siècle les natures mortes en général et les vanités en particulier vont participer au renouveau de la peinture dite « de réalité ». Les « petits genres », malmenés par le classement que leur attribue André Félibien dans sa  préface des Conférences à l’Académie royale de peinture et de sculpture (1669), se libèrent progressivement des préjugés.


Rare boîte ovale dite
de deuil.  France ou Angleterre, ca 1650.
Détail. SVV Prunier, Vente 25 mai 2013.

Esthétique contemporaine, les crânes de Jim Skull

Pour étendre notre propos à la période contemporaine, nous avons souhaité recueillir la vision d’un artiste actuel s’étant emparé du sujet du crâne. C’est ce que fait Jim Skull depuis bientôt quarante ans. Les travaux de cet artiste et collectionneur, né en Nouvelle Calédonie, s’orientent quasi exclusivement sur la représentation du crâne. Lorsqu’on lui demande d’où vient cette « obsession », il nous confie qu’il est encore enfant quand a lieu sa rencontre avec un crâne. Mais cette image de la mort  n’est pas si extraordinaire à Koumac où le climat sec et parfois capricieux sème çà et là quantité d’ossements d’animaux et où il n’est pas rare de croiser des lieux de sépultures.hvvdepdgh3btqzd5n14po15xrmoeks8lvc9n-1am3fw5s_epvq8lpnfr1j9mbmvn0n6qu5co-7ozpbgg4ue50pkujdtoznwjeexvexsqsodbbkqt
Il se consacre d’abord au dessin et invente son alter-ego « Mr. Crâne » qui n’a pour ironique obsession que de vouloir tuer les morts dans un monde sans vivants. Si l’esthétique du crâne, nous l’avons vu, s’est progressivement épurée et implique en ça une forme d’unité, elle n’en reste pas moins multiple à l’image de la grande variété de formes des boîtes crâniennes. Jim Skull pratique quant à lui ses moulages à partir d’un seul et même crâne, qu’il appelle le « crâne parfait », harmonieux et idéal de proportions.

 

 

     Pièce unique de Jim Skull.
Papier mâché, tissu. 2011

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Les Hache, la joie de la découverte
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EXCEPTIONNELLE TABLE À OUVRAGE ET À EN-CAS DE MILIEU
Ouvrant à un dessus amovible dévoilant 3 compartiments en noyer, à un casier ouvert et à un tiroir en façade dans la ceinture, cette table est entièrement galbée et marquetée de loupes de sycomore moirée et nuageuse, teintées en blond et en vert, et de rinceaux feuillagés en ébène dessinant des réserves recevant des fleurs et feuillages teintés et au naturel, les chanfreins étant plaqués de bois de rose et l’intérieur du casier, ainsi que le revers du dessus, étant plaqués de prunier.
Dimensions :
Jean-François HACHE (Grenoble 1730-1796), Grenoble vers 1760-1765.
Estimée : 50 000 – 70 000 €
Restaurations d’entretien, reprises des manques à la marqueterie, notamment sur le dessus. Marbre campan rapporté.
Bibliographie : une table à ouvrage et à écrire par Jean-François Hache, p. 420 in« Le génie des Hache », P. et F. Rouge, Faton 2005, présente  des galbes et une marqueterie proches.
Ce meuble sera reproduit dans le tome 2 du livre « Le génie des Hache », à paraître prochainement aux Editions Faton.

Vente Samedi 19 Janvier 2018

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Jean DESPRES

bijou4Archives privées/D.R. Melissa Gabardi, Jean Desprès, Éditions Norma, Les Arts Décoratifs, Paris, 2009, page 60

« Les bijoux Mécaniques »

Durant la 1ère guerre mondiale, Jean Després est d’abord affecté comme mécanicien dans l’aviation mais ses talents graphiques sont alors remarqués et il est vite employé au dessin industriel de moteurs d’avion. « Pendant sept ou huit mois, je n’ai fait que dessiner des pièces d’aviation, des moteurs, et là j’ai compris qu’il y avait de belles choses à faire avec la mécanique. » Le bijoutier orfèvre n’hésite pas à s’inspirer de cette expérience passée et il reprend dès les années vingt tout le vocabulaire de la modernité, des sciences, de l’aéronautique, de la vitesse de la mécanique, des automobiles. C’est ainsi que tournoient dans ces créations, vis sans fin, engrenages, vilebrequins, bielles, boulons et autres têtes d’hélices… Il transpose dans l’univers précieux et fragile du bijou les formes de la mécanique et  réalise sa collection de « Bijoux moteurs » en 1930. Il crée la Bague Moteur, Broche Bielle, broche Vilebrequin, le bracelet Arbre à Came.
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Jean Desprès (1889-1980) Bracelet manchette en argent et laque noire, modèle déposé n°7, 21 septembre 1931, exposé au Salon d’Automne 1931, poinçon du maître orfèvre et signé à la pointe J.Desprès, poids total: 215 g. Provenance: Collection Lelion. Ce modèle est reproduit dans le livre consacré à  Jean DESPRES « Bijoutier et orfèvre entre Art déco et modernité », Melissa Gabardi Editions.
Vente du 25 septembre 2015