La tapisserie de Bayeux
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Toute histoire pourrait être scindée en trois parties distinctes : un commencement, un milieu et une fin. Celle-ci commença par la découverte fortuite d’un panneau en chêne magnifiquement sculpté et ornant l’entrée d’une vieille demeure dans le département de la Manche. Le motif représentait un planeur Waco en dotation dans les unités aérotransportées américaines de la Seconde Guerre mondiale. Pour les plus anciens, Cette sculpture sur bois se faisait surtout l’écho des âpres combats qui s’étaient déroulés dans cette bourgade à la mi-Juin 1944. En effet, à quelques mètres de là et dans cette même rue, des jeunes soldats venus d’Outre Atlantique étaient tombés sous le feu de l’ennemi. La bâtisse visiblement inoccupée cachait cependant un tout autre trésor. Une fois rentré en possession des clés grâce à une voisine qui en était devenue la gardienne, il restait encore à l’explorer. Un escalier en pierre niché dans une tour donnait accès à une pièce obscure qui semblait à tout jamais abandonnée à la poussière du temps. Au milieu d’un capharnaüm composé de meubles anciens, de chromos de la Grande Guerre et de livres aux riches reliures en cuir, un espace semblait toutefois réservé : posés sur de solides tréteaux et recouverts avec soin par d’épaisses couvertures, de lourds panneaux en bois couverts d’étranges motifs sculptés apparurent dans la lumière diffuse. Si la première réaction fut celle de l’incrédulité, le doute n’était guère permis : ces scènes représentaient sans conteste l’histoire de la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, en 1066. Plus précisément, c’était là une fidèle reproduction sur bois de la célèbre tapisserie de Bayeux, communément appelée en France « tapisserie de la reine Mathilde ». Malgré un poids imposant, il fallait encore s’en assurer tout à fait. Or, chaque panneau mis à jour ajoutait une pièce au puzzle : sur celui-ci, on découvrait Harold brisant son serment et couronné roi d’Angleterre après la mort d’Édouard le Confesseur ; sur cet autre, la charge de la redoutable cavalerie normande à la bataille d’Hastings, etc. Tout prenait corps soudain, magnifié par le matériau noble dans lequel l’œuvre avait été sculptée, à savoir du chêne brut. Les sentiments se bousculèrent alors de telle sorte que l’excitation de la découverte se mua très vite en fascination. Qui pouvait bien être l’auteur de ce travail gigantesque ?
169-6L’histoire en son milieu : Pierre Bataille, ébéniste d’art de son état, a entrepris la réalisation de cette reproduction de la tapisserie de Bayeux dans les années 70, et il ne lui a pas fallu moins de huit ans pour mener à terme ce qui représente l’accomplissement ultime de tant d’années d’apprentissage et de perfectionnement de son art. La chose a déjà été soulignée, le résultat est tout simplement époustouflant ! Il faut contempler cette fresque longue de 70 mètres et constituée de 22 panneaux de chêne pour en prendre toute la mesure. Le sculpteur normand n’a pas voulu imiter la tapisserie originale, qui demeure à tout jamais unique en son genre, mais plutôt la magnifier en lui donnant plus de relief encore. Dans le cas présent, cela s’entend au sens propre et figuré. En effet, en s’attaquant à la surface brute du bois de chêne, l’artiste s’est inscrit dans la pure tradition des ses lointains ancêtres, les charpentiers de marine de l’époque du duc Guillaume. Ne leur doit-on pas la réalisation de cette flotte de guerre indispensable à sa grande expédition militaire. Eux-mêmes étaient les descendants directs des farouches Vikings préférant la hache à la scie pour façonner les coques de leurs redoutables vaisseaux, improprement appelés Drakkars au IXXème siècle. L’association imagée entre ces embarcations légendaires et les panneaux sculptés par Pierre Bataille à l’échelle 1 de la tapisserie de Bayeux ne se révèle donc pas fortuite. Le raisonnement semble au contraire limpide, la filiation d’une part, l’inspiration d’autre part, apparaissant évidentes.
169_7Cette tapisserie de Bayeux sur bois a beaucoup voyagé entre 1980 et 1997, suscitant partout où elle a été exposée un vif intérêt de la part du public. La liste des villes serait trop longue à énumérer, d’Oslo à Los Angeles, en passant par Winchester en Angleterre. Et il n’est pas anodin que par deux fois, elle ait pu traverser la Manche pour rejoindre cette Angleterre où, neuf siècles plus tôt, l’originale aurait été brodée. Comme s’il s’agissait d’un juste retour des choses, ne parlait-on pas dernièrement de lui faire traverser la Manche, le temps de la réfection du musée de Bayeux où elle est désormais conservée. D’aucuns parleraient d’un signe du destin au moment où réapparaît au grand jour cette version toute de bois sculptée, et cela après vingt années d’un sommeil qui n’a diminué en rien sa puissance évocatrice. Comment expliquer cette longue absence sinon par le fait que les grandes œuvres échappent rarement aux aléas de l’Histoire ou encore sont étroitement liées à la destinée de leur créateur. Pierre Bataille séjourne désormais loin de sa Normandie natale. Le sculpteur est maintenant au soir de sa vie et souhaite plus que toute autre chose que quelqu’un assure la pérennité de « sa tapisserie ». Il n’y aurait donc point de fin à cette histoire, mais au contraire une nouvelle page qui s’écrirait le…, à l’occasion de la vente aux enchères réalisée par Maître Jean Emmanuel Prunier, commissaire priseur à Louviers. (Texte de Stéphane LAMACHE, Docteur en Histoire)169_5



Tire-Bouchon

Fabriqués dès le XVIIe siècle les tire-bouchons peuvent apparaître comme de simples objets usuels. Mais l’intérêt des collectionneurs pour ceux-ci nous dit tout autre chose. Au même titre que les couteaux  mieux considérés,  ils répondent aux exigences de sophistication et d’élégance réservées aux outils du quotidien. Nous proposerons, lors de notre vacation du 20 mai 2018 prochain, un modèle rare. Fait d’argent et formant cachet, armorié et chiffré, il est né d’une commande passée par le magistrat, écrivain et historien français Jacques Auguste de Thou (1553-1617). Ce Tire-bouchon, tôt daté, témoigne de l’intérêt des élites d’alors pour des objets ordinaires transformés en marqueur social.

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TIRE-BOUCHON en argent formant cachet, armorié et chiffré du magistrat, écrivain et historien français Jacques Auguste de Thou. 1553-1617. Poinçon. H. 9,1 cm. 1500/2000 vente du Dimanche 20 Mai 2018

 

 

Dans nos ventes passées…
oenologieen 2011 adjugé 26000 Euros

16003-300_1 en  2016     16003-302_1
Adjugé 7870 Euros                                  Adjugé  1700 Euros

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Jean DESPRES

bijou4Archives privées/D.R. Melissa Gabardi, Jean Desprès, Éditions Norma, Les Arts Décoratifs, Paris, 2009, page 60

« Les bijoux Mécaniques »

Durant la 1ère guerre mondiale, Jean Després est d’abord affecté comme mécanicien dans l’aviation mais ses talents graphiques sont alors remarqués et il est vite employé au dessin industriel de moteurs d’avion. « Pendant sept ou huit mois, je n’ai fait que dessiner des pièces d’aviation, des moteurs, et là j’ai compris qu’il y avait de belles choses à faire avec la mécanique. » Le bijoutier orfèvre n’hésite pas à s’inspirer de cette expérience passée et il reprend dès les années vingt tout le vocabulaire de la modernité, des sciences, de l’aéronautique, de la vitesse de la mécanique, des automobiles. C’est ainsi que tournoient dans ces créations, vis sans fin, engrenages, vilebrequins, bielles, boulons et autres têtes d’hélices… Il transpose dans l’univers précieux et fragile du bijou les formes de la mécanique et  réalise sa collection de « Bijoux moteurs » en 1930. Il crée la Bague Moteur, Broche Bielle, broche Vilebrequin, le bracelet Arbre à Came.
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Jean Desprès (1889-1980) Bracelet manchette en argent et laque noire, modèle déposé n°7, 21 septembre 1931, exposé au Salon d’Automne 1931, poinçon du maître orfèvre et signé à la pointe J.Desprès, poids total: 215 g. Provenance: Collection Lelion. Ce modèle est reproduit dans le livre consacré à  Jean DESPRES « Bijoutier et orfèvre entre Art déco et modernité », Melissa Gabardi Editions.
Vente du 25 septembre 2015