









Lot : 67
[MANUSCRIT] [SUISSE] [ALPINISME] Rose ô Espine ou la vraye chrosnicque chrosnicquante des adventures préclares ô véridicques de deux paouvres pérégrins en Oberland avecque très luysante description ômoult honeste des dicts, faicts et gestications d’iceulx, narrés sous l’ombraige ô protection d’auleurs biaux portraicts ô peinctures gualantes pour la pleynière Joyeuseté ô digestion orthodoxe de tous benoists lecteurs Extraordinaire manuscrit de la fin du 19ème siècle relatant un récit de voyage dans une langue extrêmement étudiée et pastichant Rabelais et son univers fantastique et linguistique. Les deux protagonistes du récit sont deux amis, vraisemblablement entretenant des liens forts car la page d’épitre et dédicace indique “Chier syre et biau frère très amé !!! », sous les noms fantasques de Frère Pocula et Frère Trocquart. Le manuscrit porte en première page numérotée un “avys » avec une fausse mention d’éditeur “Pantin, chez l’auctheur, au gigotz saignant, 18 october 1894″, suivi d’une page de Moralité “En amont de ton pertuys, à péter ne t’évertue; tel fianta au fond d’ung puits qui pissoit parmy la rue » signé Lor-a-Vac (très probablement une anagramme, certes difficile à identifier). La troisième page numérotée est la véritable page de titre “Rose ô Espine » avec de magnifiques lettrines animalières. Reliure plein veau d’époque signée Engel (relieur connu pour ses cartonnages réalisés pour le compte de Hetzel l’éditeur de Jules Verne), dos et plats richement ornés d’encadrements et motifs dorés à l’imitation de l’ancien, bordures de roulettes dorées aux contreplats et gardes de papier marbré. Frottements, petits manques et fendillements aux mors. Collation complète de VII.pp..; (1ff.), 343pp. de texte manuscrites avec pour chacune un encadrement soigné sans la moindre rature, XIII.pp. de table de gravures. L’ouvrage est réparti en deux parties : le livre ugnième avec 17 chapitres et le livre deuxiesme avec 20 chapitres et un épilogue. De très nombreux dessins in-texte, quelques-uns hors texte (le tout rassemblé dans une table des gravures donnant un titre à chaque illustration), de très nombreuses lettrines parfois très élaborées (un travail à la manière d’ombres chinoises rappelant l’univers du chat noir de Montmartre est souvent appliqué), 35 photographies contrecollées à chaque fois enrichies d’ornements et dessins accompagnant la photographie dans une composition très recherchée. Impression sur papier vergé, composé à la manière d’un authentique imprimé parmi les plus beaux livres de bibliophilie exigeante. A travers cette langue rabelaisienne très érudite (l’auteur cherche visiblement à fabriquer une véritable langue pseudo-Renaissance, avec graphies, syntaxe, tournures et lexique archaïsants), on suit nos deux voyageurs de Lucerne à Oberhofen en passant par le lac lucernois, Le lac Urner-see, Witznau, Gersau, un passage au site de Tellsplatte et Fluelen (et la montagne de Bristenstock), Wasen, Goschenen (photographie légendée avec humour “Esmirez, bonnes gens, la mirificque pissotière de Groschenen »), Andermatt, les gorges de Reuss à Schôllenen entre Groschenen et le pont du diable (celui-ci fait l’objet d’une belle photographie montrant “Trocquart » croquant le lieu), Uri (le célèbre tunnel d’Uri faisant l’objet d’une photographie légendée “Cecy est le très prafond trou de Uri »), le glacier du Rhône, le col du Grimsel, Handeck et la vue du fleuve Aar, Meyringen et les chutes de Reichenbach (lieu ou est mort le célèbre personnage de Sherlock Holmes !), Brienz, les chutes de Giessbach, Interlaken et Spiez notamment. Véritable chronique d’aventures alpines, ces récits de voyages à travers les Alpes suisses sont contés à la manière d’une véritable légende médiévale ponctuée de péripéties, farces et joyeusetés caractéristiques du genre. L’iconographie très fournie ajoute grandement au caractère héroïque, les photographies nous permettent à la fois de contempler les paysages grandioses et de vivre avec les deux protagonistes ces “étapes » du parcours servant de pauses entre les randonnées. Certaines photographies représentant les deux compères eux-mêmes, prenant des poses bien réfléchies, les rendent attachants (photographies de “l’amy Trocquart dedans la neige, à la descente de la Furca », pipe à la main et de “Trocquart en les rhododendrons » ou encore celle légendée “Cecy de Pocula en la neige est ugne imaige à contre poil. Siestes friands de vérité dogmaticque, rebrouschez le tout ô serez servis à souhaibt ») Quant aux lettrines, bandeaux, culs de lampes et divers dessins qui décorent le manuscrit (et encadrent les photographies contrecollées), ils sont truffés de références et apportent un grand intérêt narratif à l’ouvrage. Bien que l’identification des deux protagonistes soit difficiles, deux chapitres au début sont consacrés à des portraits de chacun, Pocula étant le plus agé, né à Dammartin en Franche-Comté et au passé visiblement de soldat de la guerre de 1870, marié avec une femme d’ile de France ; Trocquart le plus jeune, tirant son sobriquet de son passé d’étudiant chirurgien à Paris. La ressemblance avec l’iconique couple Verlaine-Rimbaud d’ailleurs nous incite à penser qu’ils ont pu servir d’inspiration pour construire ces deux personnages amateurs de fumeries et de beuveries. Consultant Alexis Baude
Estimation : 1000/1500€


